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"Je ne quitterai pas ma maison" : en Turquie, mère et fille contre une mine de charbon
information fournie par AFP 06/11/2026 à 09:50

Vue aérienne de la mine de charbon et de la centrale électrique de la compagie YK Enerji à Milas dans le sud-ouest de la Turquie, le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Vue aérienne de la mine de charbon et de la centrale électrique de la compagie YK Enerji à Milas dans le sud-ouest de la Turquie, le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Nejla Isik marche dans ce qui reste de la forêt rasée d'Akbelen, près de son village du sud-ouest de la Turquie. Elle toise une mine de charbon qui dévore la colline : "on l'appelle le trou de l'enfer".

La Turquie, qui accueille la COP31 lundi à Antalya (sud), veut afficher son meilleur bilan censé faire la part belle aux énergies renouvelables. Ceux qui mettent en lumière une autre réalité ne sont pas les bienvenus.

Depuis près de dix ans, Nejla Isik, 48 ans, et sa fille Esra, 26 ans, se mobilisent contre les projets miniers qui dévastent un par un la province de Mugla.

Maire d'Ikizkoy, village aux 70 foyers, Mme Isik combat frontalement la compagnie YK Enerji qui veut élargir la mine pour augmenter la capacité de production de ses deux centrales thermiques.

Nejla Isik, maire d'Ikizkoy, regarde en direction de la mine de charbon qui menace son village dans le sud-ouest de la Turquie, le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Nejla Isik, maire d'Ikizkoy, regarde en direction de la mine de charbon qui menace son village dans le sud-ouest de la Turquie, le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Plusieurs procès sont en cours contre la compagnie, propriétaire de la mine et de la centrale, qui jouxte leur village. Mais aussi contre la présidence, après la publication d'un décret ordonnant l'expropriation en urgence de 679 parcelles, signé par le chef de l'Etat Recep Tayyip Erdogan en janvier dernier.

"Le village de ma grand-mère a été rayé de la carte à cause de la mine. Le village de mon père a été détruit. Nous sommes une famille qui, depuis trois, quatre générations, a déjà été déracinée et notre terre pillée", dénonce Esra, vêtue d'un salvar, ce pantalon bouffant traditionnel de la région.

"Obstruction"

Le 31 mars dernier, elle a été placée en garde à vue et accusée d'"obstruction à fonctionnaire". Elle avait protesté contre une délégation officielle qui menait une expertise préalable à l'expropriation de six villages.

Esra Isik, militante écologiste, se tient près du grillage de la mine de charbon, à Milas, dans le sud-ouest de la Turquie le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Esra Isik, militante écologiste, se tient près du grillage de la mine de charbon, à Milas, dans le sud-ouest de la Turquie le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

"J'ai passé 42 jours en détention. Mon arrestation a donné une autre portée à notre combat en Turquie, mais aussi dans le monde", considère-t-elle aujourd'hui.

Les deux femmes ne sont pas les seules à se battre. Les habitants des villages menacés se réunissent régulièrement pour débattre des prochaines actions, comme Aytac Yakar, femme au foyer de 56 ans.

Elle avait déjà été contrainte de quitter son village natal, Isikdere, englouti par une mine en 2018. Elle s'était installée dans un autre bourg... qui risque le même sort.

"Est-ce que j'ai l'air d'un oiseau migrateur ?" s'emporte-t-elle. "Qu'ils ne jouent pas avec ma maison, ma terre, ma patrie. S'il le faut, je m'aspergerai d'essence et je m'immolerai dans ma maison. Mais je ne la quitterai pas".

A Antalya (sud), des chefs d'État, experts et scientifiques vont se réunir pendant deux semaines pour débattre du réchauffement climatique et des mesures possibles pour le ralentir.

Mais mère et fille n'ont pas la planète pour terrain de

Vue de la centrale thermique Kemerkoy à Milas, dans le sud-ouest de la Turquie le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Vue de la centrale thermique Kemerkoy à Milas, dans le sud-ouest de la Turquie le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

jeu. Elles n'iront pas à la COP31 et n'en attendent rien. "Je ne peux pas quitter mon village. Le Conseil d'État a rejeté notre recours contre les expropriations. On ne sait pas ce que la compagnie fera maintenant", explique Nejla Isik. "Je n'irai dans cette salle où nous savons déjà qu'ils ne nous écouteront pas alors que mon village est en train de brûler ici".

"Nos tombes, nos oliviers"

Esra Isik, militante écologiste, parle à d'autres militants de la cause environnementale à Mials dans le sud-ouest de la Turquie, le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Esra Isik, militante écologiste, parle à d'autres militants de la cause environnementale à Mials dans le sud-ouest de la Turquie, le 29 octobre 2026 ( AFP / Ozan KOSE )

Une loi introduite en 2025 avait déjà considérablement accéléré les délais administratifs pour les projets miniers et ouvert à l'exploitation des zones protégées, comme les oliveraies.

"Nos maisons, nos tombes, nos oliviers, nos terres, tout cela est menacé d'être arraché de nos mains", redoute Nejla Isik, en pointant du doigt la zone concernée sur une carte.

D'autres se réjouissent des activités d'YK Enerji, qui dit alimenter en énergie plus de 2 millions de foyers par jour. "La centrale thermique crée des emplois pour 70 % de mon village", explique un employé de la centrale qui souhaite garder l'anonymat.

Interrogée par l'AFP, la compagnie YK Enerji brandit quant à elle la sécurité énergétique de la Turquie.

"Pour que la production d'électricité puisse continuer, nous devons accéder à de nouveaux gisements. Alors que la quantité de charbon extrait des sites actuels diminue, ces préparatifs sont importants", a expliqué à l'AFP Ahmet Eyidogan, directeur général de la compagnie YKE, affirmant que les terres seront réaménagées en replantant les espèces adaptées.

Il assure que "les centres de village, ainsi que les mosquées, écoles ou cimetières" seront épargnés et que des "solutions alternatives" seront proposées aux propriétaires pour les parcelles excentrées.

Le groupe fait partie des soutiens officiels de la COP31, défendant "l'objectif de neutralité carbone" de la Turquie.

Il considère "les investissements dans les énergies renouvelables comme indispensables". Mais "cette transition doit être menée de manière planifiée et progressive", a insisté le responsable.

4 commentaires

  • 10:36

    Bonne nouvelle et nouveau reccord la Chine a mis en service 50 unités de production d électricité au charbon en 2025. .. comme on dit dans le charbon tout est bon


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